Mercredi 20 août 2014 3 20 /08 /Août /2014 09:17

Aujourd'hui, penchons-nous sur un acte assez peu fréquent mais ô combien intéressant : la mègerie ou le bail à cheptel. Il consiste en le prêt, pour une durée déterminée, d'un troupeau. On le baille pendant x années à d'autres personnes. Cela permet au bailleur de ne pas avoir à le gérer et à constituer une rente et au preneur (celui qui prend le troupeau) de ne pas avoir à investir dans un cheptel.

 

Un grand merci à Nicolas Lawriw pour être repassé sur cette transcription et avoir comblé les trous !

 

Exemple de mègerie [Les mots en gras renvoient au lexique] :


Mègerie pour maître Jean Gueidan avocat contre Antoine et Salomon Lombard

 

L'an mil six cent soixante huit

et le vingt neuf jour du présent mois

d'octobre avant midi constitué en sa personne

en présence de moi notaire royal soussigné et

témoins sous nommés maître Jean Gueidan

avocat en la cour lequel de son gré a baillé

à droit à mièges à Salomon et

Antoine Lombard frères de La Bastidonne

de Saveric présent acceptant et stipulant

savoir est trois trenteniers neuf bêtes

lanudes consistant tant en moutons nouveaux

fedes que anouges pour le temps et

terme de cinq années du jourd'hui

comptable et à tel et semblable jour

finissant lesdites cinq années échues ans

pacte que lesdits Lombard seront

tenus comme faire [se doit], se promettant de faire

garder ledit bétail par un bon gardien

et le conduire en bon père de famille

pendant le susdit temps la laine

dudit bétail se partagera annuellement

par égales parts au tondedou le

tondeur sera payé par lesdits Lombard

ou payé par le susdit Gueidan seront iceux obligés de donner tous

les ans au susdit Gueidan une livre

fromage pour chaque fede de port et

des accouchements trois pour deux payables

annuellement à chaque jour et fête Saint

Jean Baptiste Bon et recevable le

premier paiement se fera au jour

et fête Saint Jean Baptiste prochain et ainsi

continuant à pareil jour durant lesdits

cinq années et en cas de

seront [tenus] esdits Lombards de représenter

la peau, sera le susdit maître Gueidan obligé

de donner tous les ans ausdits

Lombard six cosses sel qui

seront obligés de donner au susdit

bétail pour la part concernant ledit

maître Gueidan et en la fin desdites cinq années

le susdit bétail et le croît en provenant

sera partagé par moitié et tout le

contenu au présent acte lesdites parties

ont promis avoir agréé observer et n'y

contrevenir sous les obligations

réciproquement de leurs biens que pour

cet effet ont soumis à toutes cours

ainsi l'ont promis et juré renoncé

et requis a été fait et publié audit

La Tour d'Aigues terroir dudit

La Bastidonne de Saveric et dans la Bastide

desdits Lombard du quartier du Réal en

présence d'Antoine Ginies marchand

dudit La Bastidonne et Simon Crest d'Ansouis

berger desdits Lombard témoins à ce

requis et soussignés qui a su et

ledit Salomon Lombard a dit

ne savoir écrire de ce enquis

 

Les parties 

 

D'un côté un avocat, maître Gueidan, donc un homme très aisé, et de l'autre, deux frères, Antoine et Salomon Lombard. Salomon, par son prénom, indique une origine protestante (qui est confirmée par les actes, par ailleurs). Tous deux sont ménagers. Ils vivent à La Bastidonne, commune entre La Tour d'Aigues où est passé l'acte, et Pertuis. Plus bas, on apprend que l'acte a été publié à « La Bastide des Lombard du quartier du Réal » ; les Lombard possédaient donc une bastide dans le quartier du Réal, quartier qui existe toujours.

 

Les bêtes 

 

Combien de bêtes ? « trois trenteniers neuf » , c'est-à-dire trois trentaines neuf, soit quatre-vingt-dix-neuf bêtes, plus précisément des moutons nouveaux, des brebis et des agneaux nouveaux-nés.

 

Les conditions 

 

Le prêt a lieu pendant cinq ans et la laine se répartie par moitié entre maître Gueidan et les Lombard. Le partage se fera au tondedou. C'est ce que je lis et pourtant ce mot ne semble pas exister. Je pense qu'il s'agit du moment de la tonte. 

Une livre de fromage doit être donnéé à maître Gueidan pour chaque brebis prête à porter des nouveau-nés et dès l'accouchement trois livres pour deux (probablement nouveau-nés)

Le paiement se fait à la fête Saint Jean Baptiste, donc le 24 juin.

Tous les ans, maître Gueidan devra donner aux Lombard six cosses de sel pour le bétail.

 

En cas de perte du troupeau

 

En général, la clause est prévue. Que se passe-t-il si le troupeau entier meurt? C'est probablement la clause qui prévoit que les Lombard devront présenter la peau, certainement comme preuve de la mort de la bête.

 

Et à la fin du bail ?

 

À la fin du bail, on se partage le croît, c'est-à-dire les nouveau-nés. On fait 50/50 dans ce cas. Cela permet aux parties d'augmenter leur troupeau, ledit Gueidan pouvant accroître son troupeau et lesdits Lombard le leur.

 

Les témoins

 

Ah ! ah ! J'avais dit qu'ils étaient importants et voici la preuve.

Antoine Ginies et Simon Crest sont témoins. Ce dernier est berger des Lombard et l'on peut aisément comprendre à quel point il était nécessaire qu'il comprît bien le rôle qu'il aurait à tenir dans le bail en cours. Quant à Antoine Ginies, il s'agit du futur beau-père du fils de Salomon. Les liens entre les Ginies et les Lombard de La Tour d'Aigues sont étroits et nous verrons dans un article ultérieur que cela créa même une tension entre un fils d'Antoine Ginies et les Lombard.

 

En conclusion : À quoi ça sert ?

 

Qui ose ?!

Cet acte nous (vous) servira à mieux comprendre la vie de nos (vos) aïeux. En résumé, on y apprend que les frères Lombard travaillaient ensemble, que maître Gueidan possédait un cheptel, quelles étaient les conditions du bail, pendant combien de temps, etc. On en apprend beaucoup grâce à un simple acte qui ne paie pas de mine.

On suppose que les Lombard ont préféré louer du bétail plutôt que l'acheter, afin d'économiser, voire parce qu'ils n'en avaient pas les moyens. C'est assez difficile de pencher pour l'une ou l'autre des hypothèses si l'on compare avec les censiers du Nord, locataires de terres et préférant ne pas devenir propriétaire.

Lorsque l'on tombe sur un acte d'un de nos ancêtres, il nous faut l'étudier car, nous ne sommes jamais à l'abri d'écrire une histoire de la famille. La mègerie est un acte parmi d'autres chez les notaires, mais comme chacun d'eux, il est important car il dévoile une partie de la vie de nos aïeux ; il sert aussi l'historien, soit le professionnel, soit l'amateur, en révélant les conditions de vie et de bail des ruraux de jadis.

 

Lexique des termes :

 

Sur proposition, voici un petit lexique des termes techniques et provençaux contenus dans cet acte.

 

Anouges : Agneaux de l'année

 

Cosse :  Unité de mesure

 

Croît : Nouveau-nés durant la période où le cheptel est gardé.

 

Fede : Signifie « brebis » en provençal

 

Lanudes : Laineuses

 

Miège : Signifie « à moitié » ; de là vient, semble-t-il, la mègerie, le partage du troupeau (l'un le possède, l'autre le garde et l'on se partage les fruits du troupeau).

 

Tondedou : Probablement la tonte

 

Trenteniers : Trentaine

 

... : Ce mot, difficilement lisible (Nicolas lit Mournicque ou Mourviegue, ce qui est mieux que moi qui ne lis rien) pourrait signifier la « mort »


 

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Chez les notaires : Le contrat de mariage

Par Thomas - Publié dans : Archives et vieux papiers
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Lundi 18 août 2014 1 18 /08 /Août /2014 14:17

Voilà une nouvelle rubrique que j'espère récurrente et qui visera à explorer un acte issu des archives notariales. Trop souvent peu exploitées, ces archives sont pourtant une mine d'informations sur la vie de nos aïeux. Nous allons voir, à chaque fois, un acte d'un contenu différent, aujourd'hui un contrat de mariage puis les autres fois un testament, une quittance, une dette, une mègerie, un inventaire après décès, un codicille, etc.

Mon but est de montrer la richesse de ce fonds. Dans un premier temps, nous transcrirons un acte avec une orthographe moderne pour le lecteur et, dans un second temps, nous tenterons de l'analyser. Cette annonce de plan, peu sexy comme diraient mes anciens camarades en marketing, est cependant nécessaire à la compréhension de notre but.

 

Mariage entre Pierre Ricard et Marguerite Estienne

 

L'an mil sept cent quarante huit et le onze

février après midi par devant nous notaire royal à la

Tour d'Aigues soussigné présent les témoins

furent présents Pierre Ricard ménager fils

d'Honoré et de Marie Anne Gabriel tous

dudit lieu d'une part et Marguerite

Estienne fille de feu Joseph et de Marguerite Silvestre tous

de ce dit lieu d'autre lesquels, de leur gré due et mutuelle

stipulation intervenants contractant en la

présence du vouloir et consentement savoir la dite

Estienne de sa dite mère et le dit Ricard de ses dit père et

mère et tous les deux de plusieurs autres leurs parents, et

amis ont promis et promettent se prendre et s'épouser l'un

l'autre en vrai et légitime mariage et icelui solemniser

en face de notre sainte mère l'Église catholique apostolique

romaine ainsi que les fidèles chrétiens sont tenus et

ont coutume de faire dès lors que l'une des parties par l'autre

sera requise par … exprès, mais parce que la dot est le

propre patrimoine des femmes et se constitue au nom

pour la femme à ce que les charges du mariage se puissent

plus facilement supporter à cette cause constitue la

dite Marguerite Estienne future épouse laquelle de son

gré s'est assignée et constituée en dot et pour elle au dit

Ricard son futur époux, tous et un chacun ses biens

et droits présents et à venir qui consistent quant

à présent en la somme de septante huit livres au

prix des meubles et … de la dite future épouse

à ce estimés par amis communs que les dits Ricard père et fils

ont déclaré avoir reçu dudit Jean Arnaud Estienne

son aïeul avant le présent acte ainsi qu'ils ont dit et

les quittant, et en une saumée de terre située en ce terroir

quartier du Revest à prendre du côté de la terre de Simon et

Pierre Pardigon confrontant la Dray Jacques Richaud et a été

évaluée à deux cent livres et soumise sous la main

directe du seigneur baron de ce lieu aux cens et services

qu'elle se trouvera faire franche aux dits futurs mariés de

tous arrérages de tailles, cens et autres dettes jusqu'à ce

jourd'hui et de laquelle en jouiront dès la consommation

du présent mariage, du consentement dudit Jean

Arnaud Estienne son dit aïeul, pour le recouvrement

desquels droits elle a fait et constituer son procureur général

et irrévocable son dit futur époux pour en jouir comme

de causes dotales à son plaisir et volonté, avec

promesse de par lesdits Ricard père et fils d'assurer et

reconnaître au profit de la dite future épouse tout

ce qu'ils exigeront et recouvreront de sa dot et droits

comme en effet ils l'ont assuré et reconnu sur tous

ses biens présents et à venir les dites septante huit

livres au prix des susdits meubles et de rendre et

restituer le tout à qui de droit en cas de restitution arrivant

les habits nuptiaux ont été faits aux communs de part

des parties et toujours ici présent ledit Honoré

Ricard lequel de son gré ayant le présent mariage

pour agréable en faveur et contemplation d'icelui

a fait donation au dit Pierre Ricard son fils

acceptant d'une terre en ce terroir quartier de Saint Vincent

de la contenance d'environ deux emynes et demi confrontant

Jaques Barruou Jean Richaud, Françoise Panisset et autres

et d'une terre ce même terroir quartier de Pouspeine

de la contenance d'environ quatre eymines confrontant

André Durant, André Escoffier Honoré Agnel et autres

soumis sous la main directe du seigneur baron

de ce lieu aux cens et services qu'elles se trouveront

faire et qui lui seront francs de tous arrérage de tailles

cens et autres dettes jusqu'au jour de leur séparation

et outre ce a promis et promet de nourrir et

entretenir son dit fils femme et famille sains et

malades dans sa maison à son égal en travaillant

par iceux au profit et avantage de la maison

et en jouissant par ledit Ricard père de la dot de

la dite future épouse et susdite donation par lui

ci-dessus faite et en cas d'insupport a promis de

lui désemparer tout ce qu'il aura reçu de la dite

dot et droits et susdits biens par lui ci-dessus donnés

ensemble une chambre au troisième étage de sa

maison six draps de lit douze chemises et six

nappes, évalués lesdits biens à cent cinquante livres

et le dit cas d'insupport arrivant dès maintenant

comme pour lors l'a habilité et habilite le déclare

capable de négocier et faire ses affaires à part sans

son assistance l'un faisant donation de ses acquets

et conquets fruit et revenu d'iceux et pour …

de ce les parties ont promis observent accomplir sans

y contrevenir sous l'obligation de leurs biens à toutes

cours ainsi  tout juré renonce et requis acte fait et

publié au dit La Tour d'Aigues et dans la maison du

dit Estienne où on été présents Nicolas Meit et Jean Sauvat

de ce lieu témoins requis et soussignés les parties illettrées. 

 

Qu'apprend-on dans ce contrat ?

 

Les filiations

 

Tout d'abord, les classiques filiations. Elles sont importantes en généalogie et le chercheur sait que lorsque les registres paroissiaux manquent, il peut le plus souvent compter sur les archives notariales pour combler les lacunes.

Ici on apprend que Pierre Ricard est fils de Honoré et de Marie Anne Gabriel et que l'épouse, Marguerite Estienne est fille de feu Joseph et de Marguerite Silvestre. Le décès du père nous permet d'apprendre l'identité du grand-père, toujours en vie, Jean Arnaud Estienne. D'où l'importance, lorsqu'on lit un contrat de mariage, d'aller jusqu'au bout et de ne pas se concentrer uniquement sur la filiation première.

 

La profession

 

La profession de l'époux est « ménager ». Qu'est-ce ? Il s'agissait d'un petit propriétaire terrien. Propriétaire de cinq à quarante hectares (sacrée fourchette !), il était au sommet de le chaîne agricole, en-deçà du laboureur suivant les régions. Retenons simplement qu'il s'agissait d'un propriétaire relativement aisé pour le monde rural. Cela n'empêche pas Pierre Ricard d'être illettré, ne sachant pas écrire son nom. Gageons, mesdames et messieurs, qu'il savait compter !

 

La dot

 

Très importante, cette information permet de noter la richesse du couple. Soixante-dix-huit livres de dot en meubles pour l'épouse, soit une somme convenable. Première information, c'est elle qui constitue sa propre dot. Deuxième information, rien ne semble venir de la mère de l'épouse. Cependant, le grand-père, Jean Arnaud Estienne, donne une terre.

 

Les terres

 

Pas toujours présentes dans les contrats, elles sont cependant fréquentes dans le monde rural où l'on donne des terres, notamment à l'époux de la part de ses parents, afin de permettre l'installation du couple. Là, une terre évaluée à deux cent livres est offerte par le grand-père de l'épouse, représentant une saumée de terre soit environ 0.8 hectare où l'on peut semer du blé. Le père de l'époux donne deux terres, une de deux eymines et demi et l'autre de quatre eymines. L'émine valait entre sept et huit acres, les terres faisait donc, environ, huit hectares pour la première et treize hectares pour l'autre en prenant la mesure : 1 émine = 8 acres.

 

Le domicile

 

Voilà un point qui est presque toujours abordé. Où vivra le couple ? Comme à l'accoutumée, le couple s'installe chez les parents de l'époux, où les époux travailleront au bien de la maison entière en échange d'un toit et de nourriture. Bref, la femme est rattachée à la famille de l'époux.

 

L'insupport

 

Encore une clause fréquente dans le contrat lorsque les époux s'installent chez les parents de l'un d'eux. Que faire si l'on ne se supporte plus ? Le père est là fort généreux car il rend la dot de l'épouse, laisse les terres données à son fils et, en plus, leur donne une chambre au troisième étage de sa maison avec du linge « six draps de lit douze chemises et six nappes, évalués lesdits biens à cent cinquante livres » et autorise son fils à négocier sans son accord, le libérant de la tutelle paternelle.

 

Les témoins

 

Je n'insisterai jamais assez dessus : les témoins sont importants… Sauf ici. On peut toutefois noter qu'un descendant des mariés épousa une descendante de Jean Sauvat. Des fois, les témoins peuvent être davantage intéressants et nous le verrons à l'avenir.

 

Le contrat de mariage est l'acte classique chez les notaires et nous devions l'étudier. Il recelle de nombreuses richesses pour construire l'histoire de sa famille. Il établit les filiations, les biens des époux au mariages, les futurs voisins de terres et toutes sortes de clauses. Ainsi ai-je rencontré un mariage entre un protestant et une catholique où il est inclus, dans une clause, que l'époux ne doit pas forcer sa femme à se convertir au protestantisme.

Par Thomas - Publié dans : Archives et vieux papiers
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Samedi 16 août 2014 6 16 /08 /Août /2014 11:07

Voilà une question qui me taraude depuis un bon moment et je le dis tout de suite, je n'ai pas la réponse. Pour le moment il s'agit juste d'une constatation : il y a beaucoup de célibataires dans le Nord et notamment dans les branches que j'étudie.

 

Quand on fait un arbre généalogique, on recherche des filiations et pour cela, il nous faut des mariages, ou, a minima des naissances d'enfants illégitimes. Or, je constate que beaucoup d'hommes et de femmes demeuraient célibataires dans la bourgeoisie du Nord. Si le pourquoi m'est encore inconnu, rien n'empêche d'émettre des hypothèses après avoir dressé le constat.

 

Prenons la famille Flory. Jean-Baptiste Flory (1726-1807), bourgeois de Valenciennes, bailli de la terre et du comté de Thiant a eu quatorze enfants avec son épouse. Hormis ceux dont on ne connait pas le destin, on compte cinq filles mariées, c'est tout. Les trois garçons qui ont, à notre connaissance, vécu, sont restés célibataires. L'un car curé, le deuxième greffier à Lille et le troisième directeur des moulins à Valenciennes. Des situations aisées qui auraient pu conduire à des mariages réussis dans les deux derniers cas. Une fille, Thérèse, ne s'est jamais mariée, une autre surnommée La Béguine, est restée pieuse femme.

Plus proche de nous, Jean Claude Garnier (1770-1829) a eu quatre enfants qui ont tous survécu. Un seul s'est marié, le frère agent comptable dans l'administration militaire est resté célibataire, ainsi que les deux filles.

 

Quelles hypothèses peut-on donner ?

Tout d'abord, concernant les filles, il faut savoir que les familles étaient très pieuses. Beaucoup sont qualifiées de "badariennes", c'est-à-dire de femmes faisant partie d'une congrégation laïque héritée de Françoise Badar, vivant pieusement, chastement, et enseignant à de jeunes filles pauvres l'art de la dentelle (la fameuse dentelle de Valenciennes). Mais les hommes ? Hormis les curés, ce qui se passe d'explications, les hommes sont dans le négoce, dans la justice, dans l'administration. Des postes enviables qui peuvent hisser socialement une famille. Pour autant, ils font le choix (?) de rester célibataire. On pourrait croire qu'ils ne trouvaient pas d'épouse de leur rang, toujours plus difficilement trouvable pour un notable que pour les autres, mais cela n'empêchait pas les notables de villages d'aller chercher dans un autre lieu une épouse ; là, on se situe dans de grandes villes, Lille et Valenciennes, voire Landrecies pour les militaires. Existe-il une tradition poussant les hommes au célibat ? S'agit-il d'un choix dicté par le fait de concentrer ensuite les richesses entre les rares descendants ? Ou un choix de vie ? Deux cousins proches, c'est-à-dire décédés au XXe siècle (vous savez que pour nous, généalogistes, le XXe siècle, c'est hier tant notre conception du temps, par nos recherches, est différente de celle des môôôrtels) sont restés sans descendance. Ils ont cependant fait le choix de se marier : l'un était rentier, l'autre rentier-peintre. Après avoir obtenu la nationalité belge (oui, c'étaient des précurseurs) ils sont allés finir leur jour à Nice, Floride française. Une cousine germaine de ma grand-mère que je ne citerai pas car toujours parmi nous, a fait le choix de n'avoir pas d'enfants avec son époux ; elle est fille unique et deux de ses tantes sont restées, l'une célibataire, l'autre sans enfant.

 

Comme on le remarque, le taux de célibat est important et n'est pas explicable en l'état. À côté, toujours dans le Nord, on a le cas totalement inverse. Une tante du XIXe siècle, Justine Picavez, a épousé un lillois, filateur. Les familles de filateurs lillois sont regroupées dans l'annuaire des familles du Nord, sorte de Bottin Mondain. Ces familles ont au contraire une conception de la famille qui implique un très grand nombre d'enfants. Ainsi, la descendance de Justine, sur huit générations jusqu'à nos jours, compte environ 4000 descendants. Avec un taux de survivance très élevé, on compte entre cinq et dix enfants par couple, tous mariés, ayant à leur tour autant d'enfants. J'ai eu l'occasion de connaître un membre de ces familles qui m'a confirmé le côté traditionnel de ce nombre de descendants et les nombreux mariages entre cousins ; l'annuaire sert donc visiblement à repérer avec qui on cousine, comment on cousine, et si le futur époux n'est pas cousin trop proche…

 

Bref, cela n'explique toujours pas ce célibat si important dans ces familles. Quelqu'un a-t-il déjà rencontré ce genre de cas ? Une explication ? Une hypothèse ?

 

Cette forme d'épine généalogique est un peu insolite, mais sait-on jamais, un lecteur a peut-être une réponse !

Par Thomas - Publié dans : Histoires d'aïeux
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Lundi 7 octobre 2013 1 07 /10 /Oct /2013 15:59

Le généalogiste est humain, du moins jusqu'à preuve du contraire. Il a donc tendance à repousser à demain ce qu'il pourrait faire aujourd'hui. Je ne déroge pas à la règle et passe ma vie à repousser, encore et toujours. Je n'avais jamais rien publié concernant ma généalogie, à part des articles sur ce blog. Puis un jour, j'ai pris les choses en main et ai publié mon premier "ouvrage" généalogique, planche sur une biographie familiale de taille moyenne et sur un nouveau livre. Comme je me suis lancé, comme j'ai eu un premier essai, il m'est plus facile de continuer.

 

Comment commencer à écrire? Quoi écrire? Dans quel sens? Où commencer? Une généalogie, ce sont des centaines, des milliers de personnes qui se croisent dans cet arbre noueux.

 

Voilà comment j'ai commencé, et comment je continue.

 

Tout d'abord, il faut refréner nos désirs. Nous avons tous envie d'écrire une somme sur nos ancêtres, y inclure tous les documents, les descendances, ascendances, anecdotes, etc. Vouloir débuter par cela est presque insensé, car une branche nous bloque à un moment, donc nous faisons des recherches dessus, y passons des jours et des semaines, puis on passe à une autre et on laisse tomber notre ouvrage pour refaire de la recherche généalogique.

 

Nous sommes de plus en plus nombreux à avoir des blogs  et presque tous, nous y publions des articles sur nos aïeux. Pourquoi? Parce qu'un article est plus facile à écrire qu'un livre. Et si, pour commencer, vous preniez vos articles, les réunissiez et les adaptiez pour une publication papier? Vous pourriez déjà avoir de nombreuses pages et il ne vous resterait plus qu'à écrire d'autres biographies courtes, sous formes d'articles. Ainsi cette compilation permettrait, avec des ajouts, d'avoir un premier ouvrage. Il vous donnerait une certaine discipline d'écriture, ravirait vos cousins et vous lancerait dans le grand bain.

Un coup de mise en page, l'ajout d'illustrations (portraits, photos, cartes postales, actes, etc.) et le tour est joué. Vous pouvez en faire imprimer quelques copies pour votre famille et vous-même grâce à divers sites en ligne ou grâce à un imprimeur.

 

Pour mon premier ouvrage, j'ai réuni les articles par thèmes, "la révolution", "la grande guerre", et autres. C'est un peu un fourre-tout, qui plus est amateur (problèmes de mise en page notamment), mais c'est un début. Une fois que vous avez commencé, que vous avez déjà publié, vous ne pourrez plus vous arrêter.

La seconde étape est le livre sur vos ancêtres. Gardez en mémoire qu'il y aura certainement d'autres éditions, "revues et augmentées", dans un futur plus ou moins lointain. Acceptez de ne pas tout savoir, de ne pas avoir tous les documents.

 

Quelles étapes pour ce livre?

Tout d'abord, fixez-vous un but. Et un but atteignable! Dans mon cas, j'évoque, dès le titre, qu'il s'agira d'une introduction; donc pas d'une encyclopédie.

 

Assurez-vous d'avoir de la matière


Une collection de dates, c'est un début, mais ce n'est pas suffisant. Inutile d'avoir tous les actes passés devant notaires et juges, d'avoir épluché toutes les archives hospitalières, communales, nationales, militaires et autres fonds d'érudit. Simplement, au moins, d'avoir les professions (avec une chronologie), les éventuels domiciles successifs et d'utiliser toutes les informations que les actes ont pu vous donner. Pour cela, j'ai rédigé un article sur le sujet qui vous donnera des pistes si vous ne les avez pas encore explorées.

 

Problème subsidiaire: comment avoir de la matière?


Comment arriver à avoir assez d'informations sur une branche? Car même si vous avez l'acte de naissance d'un aïeul, son acte de mariage, de décès, et tous les actes de naissance, mariage et décès des parents, car même si vous les avez, dis-je, peut-être n'avez-vous pas assez de matière. Pourtant, vous avez envie d'écrire dessus. Pour cela, il faut faire en amont, un travail généalogique sur les collatéraux, frères et soeurs, cousins et cousines.

 

Admettons que toute une branche vienne d'un seul village et qu'en trouvant les actes de vos ancêtres, vous remarquiez des mentions de personnes ayant le même patronyme. Comment savoir si c'est un cousin? Vous pourriez vous dire: je descends de Jean Dupont et de Marie Durand mariés en 1815 donc, je cherche leur descendance. Erreur. Car vous allez peut-être trouver des actes d'enfants de Pierre Dupont et d'Anne Martin que vous laisserez choir alors que ce couple est en fait composé des parents de Jean Dupont. Vous aurez snobé les frères et soeurs d'un de vos ancêtres. Dans ce cas, ce que je vous conseille, c'est de remonter dans le temps au maximum, d'actes de mariage en actes de mariage (tant qu'ils sont filiatifs) jusqu'au sommet des registres. Une fois toutes les branches identifiées, vous prenez le registre dans l'autre sens et dès que vous trouvez un enfant d'une des branches, vous le notez, de même pour les mariages et décès. Votre ambition n'est pas forcément de faire une généalogie descendante complète. Dans ce cas, limitez-vous aux frères et soeurs ET aux cousins germains.

Je vous entends râler: pourquoi les cousins germains? Parce que les cousins germains ont les même grand-parents que votre aïeul et que vos aïeux seront certainement, s'ils sont en vie, parrain et marraine du nouveau-né, que votre aïeul sera peut-être témoin au mariage de son cousin (combien d'entre nous ont une armée de témoins qui sont cousins germains d'un des époux?). Vous aurez sa profession, par exemple; "mais on l'a déjà" entends-je. Oui, vous savez qu'il est cultivateur en 1815 puis marchand d'allumettes en 1820. Mais si cet acte date de 1817? Et si dessus, il est noté qu'il est cultivateur? Alors vous pouvez réduire la fenêtre chronologique du changement de profession. De même, peut-être que vous avez comme domicile pour votre aïeul, un sublime, que dis-je un mirobolant, "résidant à Valenciennes", précision à toute épreuve, et que sur cet acte il sera précisé "résidant à Valenciennes rue Askièvre, 17". Si on va aux cousins germains, pourquoi s'arrêter? Déjà, parce que vous n'avez pas forcément envie d'aller plus loin, et en plus parce que, le plus souvent, les témoins, parrain et marraine, se font dans la famille très proche (grands-parents, oncles & tantes, frères & soeurs); au-delà du cousin germain, vous avez moins de chance de trouver des références à vos ancêtres.

 

C'est ainsi, en redescendant que vous aurez largement assez de matière. Se posent divers problèmes dans d'autres cas: des ancêtres dans une grande ville, ou changeant de ville comme on change de chaussettes. Ne vous pourrissez pas la vie, c'est le meilleur moyen d'abandonner l'écriture. Donnez vos informations sur cette branche, le plus agréablement possible, vous aurez toujours la possibilité d'y revenir dans quelques mois ou années lors d'un prochain livre.

 

Comment organiser son livre?


Bonne question. Tout dépend de ce que vous voulez. Dans mon cas, je fais deux grandes parties sur le livre que j'écris sur les ancêtres de ma grand-mère. La famille de son père, la famille de sa mère. Puis, chaque partie a des chapitres comprenant les recherches sur un patronyme ou une branche.

On en arrive là, mais ensuite, comment écrire?

Le moyen le plus facile me semble être l'écriture partant du plus vieil ancêtre jusqu'au plus récent comme dans une généalogie écrite. L'étude des collatéraux peut aussi se faire suivant ces généalogies écrites.

 

Exemple de généalogie écrite:

I. Henri Dupont né vers 1658 à Machin-sur-les-Eaux, y épouse le 26/04/1680 Augustine Duprez née à Les-Eaux-sur-Machin vers 1663 dont:

                a. Caroline qui épouse Henri Jean dont:

                                i. Guillaume, émouleur

                                ii. Paul, cultivateur

                b. Georges, qui suit en II.

 

On commencerait donc, lors de l'étude descendante par les collatéraux, ceux que l'on connaît le moins. Cela permet de stopper l'écriture, quand on a raconté la vie de Paul et de passer à Georges. L'inverse pourrait perdre le lecteur puisque l'on arrive en 2013, à moi, blogueur de son état et tout d'un coup, on dirait: "en 2013, Thomas, auteur de cet ouvrage, blogueur maladroit mais fort charmant. Ah, au fait, j'ai oublié de dire qu'en 1682 sous Louis XIV..."

Il ne faut pas perdre le lecteur. Il s'est déjà endormi plusieurs fois en lisant Les confessions de Rousseau, ne lui donnez pas le mal de mer en naviguant sur les eaux  impitoyables du temps. Une fois l'étude des Dupont faite jusqu'au dernier ancêtre porteur du patronyme, vous pouvez rappeler le lien avec les membres de la famille et passer à la branche suivante, dans un autre chapitre. Un arbre généalogique permettra aussi à vos lecteurs de visualiser les liens.

 

Comment illustrer mon livre?


Malgré mes recherches nombreuses, je n'ai pas pu trouver une seule photographie d'un de mes ancêtres du XVIe et du XVIIe siècle. Ce grand malheur, dont je tairai la cause, nous affecte tous. Comment illustrer la vie de nos ancêtres dans ce cas?

 

Les cartes postales anciennes. Une carte postale ancienne, même si elle reste récente (années 1900-1930) a toujours ce côté antique, le noir et blanc, les tenues, les rues sans embouteillages, etc. On est bien loin du XVIe siècle, me direz-vous. Oui, mais une vue de la campagne avant l'installation du Club Med, cela donne toujours une idée d'à quoi cela pouvait ressembler. Votre aïeul travaillait dans un endroit précis? Mettez-en une carte postale. Par exemple, un de mes aïeux fabriquait des chaussures pour la marine militaire à l'arsenal de Lorient. Hop, j'ai trouvé une carte postale dudit arsenal et cela illustre. Vous pouvez aussi placer un extrait d'une carte de Cassini avec les lieux-dits, surtout si ces derniers portent le nom de votre aïeux.

 

Les signatures. Si vos ancêtres savaient signer, prendre les signatures sur les actes vous permet d'illustrer la fiche sur votre arbre, mais aussi d'illustrer votre livre. Votre ancêtre signait-il aisément? Vous pourrez non seulement illustrer mais aussi parler sur une ligne ou deux de cette signature et d'autres. D'ailleurs, petit conseil lors de vos recherches. Quand un ancêtre ne sait pas signer, ne mettez pas "ne sait pas signer", précisez "ne sait pas signer en 1817" suivi de la source. Pourquoi? Car il n'est pas si rare qu'en cours de vie, votre ancêtre se mette tout à coup à signer. Il aura appris à le faire. Si vous aviez noté "ne sait pas signer en 1817, 1819, 1825, signe à partir de 1827" cela donnera une anecdote de plus que vous pourrez agrémenter de la signature et de son évolution (est-il malhabile au début? s'améliore-t-il?) ainsi que d'hypothèses sur cet apprentissage. Il arrive aussi qu'un de vos ancêtres déclare ne pas savoir signer en 1816 mais avait signé en 1814, ce qui vous pousserea à vous interroger. N'oubliez pas: au moins vous avez de documents, au plus chaque détail compte.

 

Les actes. Tant que vous ne vendez pas votre livre ou que vous ne le diffusez pas en masse, vous pouvez toujours (normalement) illustrer votre prose d'actes variés. Le contrat de mariage de votre trisaïeul, un acte de baptême intéressant, un acte de décès intriguant, outre l'illustration qui rend plus agréable la lecture, mettre un acte, c'est forcer le lecteur à accepter la véracité de vos propos. Il n'est pas toujours facile de s'imaginer l'ancêtre, ou même de croire ce que vous dites; l'acte les met devant le fait. Je vous conseille de l'accompagner d'une transcription (ou d'une traduction si l'acte est dans une autre langue) car il n'est pas garanti que le lecteur déchiffrera de lui-même ce vieil acte écrit par un prêtre ou un révolutionnaire. Comment transcrire? Doit-on respecter absolument l'orthographe et les accents de l'acte? A vous de voir, mais j'ai choisi mon camp: je transcris en gardant l'orthographe mais pas les accents ni les majuscules. Autrement dit je corrige accents et majuscules dès que je peux car le lecteur a parfois besoin qu'on lui tienne la main. De plus, il est bon de signaler que beaucoup de transcriptions anciennes corrigent l'orthographe intégralement, l'important étant le contenu plus que de dire: "oui mais le prêtre il écrivait "presentz" ou "presents"?" et d'en faire une note de bas de page de trois pages en latin façon Vrin. La transcription n'a pas de règles immuables données aux mortels par les dieux de l'Olympe. La Fédération Française de Généalogie dans un article de geneawiki cité par Sophie Boudarel, nous dit d'absolument respecter l'ortographe. Mais attention, il est probable que cette demande de la FFG soit faite pour avoir des règles communes à ceux qui dépouillent pour eux. Mais, outre que peu sont ceux ayant eu le courage de lire les quelques cinquante pages de consignes, certaines zones sont floues. Quid de l'acte en latin? En allemand gothique? En italien? Là, une traduction s'impose et vous devez la faire si vous voulez publier l'acte. Quant à la transcription avec respect absolu, n'oubliez pas que ceux qui liront abandonneront dès la première ligne s'ils ne comprennent rien à cause d'abréviations, d'absence d'accents et d'orthographes fantaisistes. Cependant, faciliter la lecture c'est bien, mais garder l'orthographe hors accents c'est mieux. Cela donne un côté authentique, un côté ancien. "Il avoit esté", cela plonge le lecteur dans le passé. "Ill. sr Jn Bpte not de son stile dud. lieu pere de lad. future espouze maieure", cela plonge le lecteur dans la catatonie. Mettre les accents, cela permet au lecteur d'identifier la prononciation immédiatement, donc le mot. Dégagez aussi les abréviations, mettez soit entre crochets: "Illu[tre] s[ieu]r J[ean]n B[a]p[tis]te", etc..., soit virez tout: "Illustre sieur Jean Baptiste notaire de son stile dudit lieu père de ladite future espouze majeure".

 

Ce qu'il faudrait éviter


Oui, car certaines choses sont un peu ardues pour celui qui ne pratique pas la généalogie. "Le sosa 236 de mon 28 est aussi le sosa 475 de mon 32 ce qui crée un implexe mais Geneweb y met une consanguinité de 0 car l'implexe est trop lointain, bien entendu." Oui... bien entendu; je dirais même plus, c'est évidemment évident. D'autres problèmes peuvent survenir "Malheureusement, aux ADN hors BMS et NMD, nous ne trouvons pas de renseignements car le tabellion sur la période est manquant alors nous nous sommes tournés vers les série E, F, G, H sans oublier qu'aux FF15 et 16 nous trouvons une occurrence qui renvoie vers le 3E584/265 f°465 aux ADI où nous avons trouvé le contrat de mariage que nous ne retranscrivons pas ici puisque nous venons de vous dire où le trouver." A moins d'être d'une dynastie d'archivistes issue de Nostradamus...

 

Nous devons donc essayer d'être clairs dans nos propos et de donner envie aux cousins de le lire. Cela veut dire, aussi, qu'il faut éviter les: "Jeanne Dupont o 4/11/1758 à Truc (84), y x le 14/7/1780 Honoré Durand" et autres informations arides. Préférez une écriture claire, alternez dates précises et mentions des âges, évoquez les heures où ça se passe sans dire "à 4h15 il meurt", dites plutôt "de grand matin", "avant l'aurore il expira", bref, soyez inventifs, ne soyez pas trop secs.

 

Evitez les blasons. "Oh, chouette, j'ai trouvé un blason des Martin, je vais le mettre"... Non, ne le mettez pas, je vous en prie. Les blasons de famille ne sont pas attribués à tout un patronyme à travers le temps, l'espace, l'infini et au-delà. A moins que vous n'ayez un aïeul qui ait eu un blason à lui, ne lui attribuez pas autre chose, vous risquez de fausser votre récit. Si vous voulez mettre un blason mais que personne n'en a un, vous pouvez en créer un pour vous-même et votre famille tout en évitant de le recopier sur un qui a un propriétaire. Surtout si l'un de vos cousins l'utilisent du coup à son nom et que le propriétaire légitime l'assigne devant les tribunaux... Votre réputation en prendrait un sérieux coup.

 

Vouloir tout dire. Vous ne pouvez pas tout dire. Par exemple, vous avez un ancêtre qui a été cité 25 fois, dans 25 actes différents, avec marqué comme profession "cordonnier". Ne mettez pas dans votre récit. "Notre aïeul, Jean Désiré Durand a été cité cordonnier en 1825, 1826, 1827, le 4/12/1829, le 5/12/1829, en 1830, en 1835, le 4/5/1836 à 14h45, le 4/5/1836 à 14h46, le 4/5/" etc. Autant préférer un sobre mais claire "il exerça la profession de cordonnier de son plus jeune âge à son décès en 1858".

 

Comme cet article est déjà bien trop long et que la plupart de mes lecteurs sont morts de vieillesse en le lisant, je vais récapituler ce qui a été dit. N'hésitez pas, en commentaire ou sur vos blogs, à réagir, à vous opposer avec virulence à mes propos, à compléter ce que j'ai oublié, à préciser, à vous interroger vous aussi. Bref, vous pouvez réagir ou aller vous faire un café.

 

 

En somme, pour écrire son histoire de famille:

 

 

1. Commencez petit. Réunissez vos articles et biographies, complétez-les, adaptez-les, ajoutez-en d'autres et publiez. Cela fera plaisir à vos proches. Utilisez vos articles de blog. Vous n'avez pas de blog? Vous pouvez en créer un, ce n'est pas compliqué; Sophie Boudarel, avec son geneathème mensuel vous donnera des idées et vous verrez, on accepte tout le monde, pas de physio à l'entrée. Si vous ne voulez pas d'un blog, vous avez la chronique familiale sur Geneanet qui est aussi un bon moyen d'expression.

 

2. Cela fait, interrogez-vous. Ai-je assez de matières pour écrire quelques phrases sur chacun?

 

3. Par matière, j'entends bien sûr des informations sans forcément avoir tous les documents de la planète conservés ou détruits où tous vos ancêtres ont été cités, y compris la facture EDF de mars 1934 de l'arrière-grand-tante par alliance Tatie Ursule.

 

4. Si vous n'avez pas d'informations sur une branche, remontez le temps, de mariages en mariages, à toute allure. Puis prenez le temps, en redescendant de noter collatéraux immédiats et cousins germains.

 

5. Favoriser un plan d'ouvrage simple. Branche par branche, du plus vieil ancêtre au plus récent. Dans l'écriture, commencez par les frères et soeurs dont vous ne descendez pas, puis par votre aïeul.

 

6. Illustrez votre livre par des photographies et tableaux représentant vos ancêtres, mais aussi des cartes postales anciennes, des signatures, voire des actes. Transcrivez les actes, mais faites en sorte que votre transcription soit compréhensible par quelqu'un qui n'y connait rien et qui ne passe pas le Concours de Paléographie Français des Parchemins en Patois Normand du XVIe Siècle.

 

7. Evitez le jargon. Sosas, implexes, dispense au 4e degré égal d'affinité et autres termes que nous n'utilisons que pour nos rites initiatiques.

 

8. Soyez clairs et créatifs, faites que l'on ait envie de vous lire.

 

9. Ne dites pas tout. Vos sommes d'informations sont utiles pour vous, pour savoir quoi écrire ensuite. C'est un matériau que vous devez exploiter mais pas restituer pleinement. Gardez cela pour vos fiches généalogiques ou pour un ouvrage "de sources généalogiques".

 

Conseil bonus: L'anecdote, il n'y a que ça de vrai. Vous ne prétendez pas écrire une thèse d'histoire moderne? Alors anecdotez! Parlez de ces histoires amusantes, de ces coïncidences que vous découvrez. L'anecdote fera vivre le récit. Une légende familiale? Parlez-en! Une grand-tante qui rembarra un futur magnat, parlez-en. Mariages arrangés, mariages d'amour, secrets, manigances, captivez votre lecteur tant que vous le pouvez. Evitez simplement de balancer que votre cousin n'est pas le fils de son père alors que ni l'un ni l'autre est au courant: "à mon cher "cousin", amitiés". Ce sera mal vu, j'en suis presque sûr.

 

 

Par Thomas - Publié dans : Histoires d'aïeux
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Samedi 21 septembre 2013 6 21 /09 /Sep /2013 09:04

Oui, vous avez bien lu, Sacrés Ancêtres s'engage en politique! Il est temps d'intervenir contre les abus de ces gens qui se marient sans se soucier de leurs descendants qui souffriront de leur inconséquence! Non mais!

 

Bon, pour être plus sérieux, c'est juste que comme je viens de perdre la moitié de mes cheveux sur un cas généalogique, il me faut pousser un coup de gueule.

 

J'étais tranquillement à mon bureau, cherchant des informations sur les Patte, artisans et marchands domiciliés à Thiant, dans le grand Nord. Comme à chaque fois, je cherche partout sur Internet des indices. Je cherche alors à en savoir plus sur ce couple d'ancêtres: Charles Patte et Marie Agnès Leduc qui ont vécu à Thiant avant de partir au Cateau-Cambrésis. Le problème dans beaucoup de commune du Nord dont Thiant, c'est que les registres ont disparus ou ont été brûlés (il reste les autres archives heureusement).

 

Et, tout d'un coup! Paf! Je trouve un couple Patte-Leduc sur Thiant. Sauf que lui s'appelle Grégoire et elle s'appelle Marie Thérèse.

 

Les enfants de ce couple sont quasiment tous nés à Athis, en Belgique, où le Royaume n'a pas encore tout mis en ligne, donc impossible de voir les parrains et les marraines. J'explore un peu Thiant, où je retrouve une signature que je connais (je vous en ai parlé dans le précédent article). La signature d'un certain "J. Flory curé de Thiant". Comparaison de signatures: oui, c'est bien mon Jean Flory, frère d'un de mes ancêtres qui fut aussi curé de Thiant. Sauf que c'est cent ans après qu'un descendant des Patte de Thiant épousa une descendante du frère de ce curé (et qu'accessoirement, le fils de ce couple épousa aussi une descendante du frère de ce curé...).

Pour le moment, on est dans l'anecdote, dans l'amusant. On se dit: Le monde est petit.

 

Mouais.

 

Le fait est que Jean Flory, aussi brave devait-il être, était comme moi agacé par cette homonymie. En 1738, il n'en peut plus. Il annonce le décès de Pierre Joseph Patte, âgé de seulement 22 ans, fils de feu Grégoire et de Marie Agnès Leduc, le tout en présence du frère du défunt Léger Joseph Patte. Sauf que Grégoire a épousé Marie Thérèse et que c'est Charles qui a épousé Marie Agnès...

Grâce à la présence de Léger Joseph, j'ai pu établir qu'il s'agissait d'un fils de Charles. Mais même à l'époque, on voit bien que le curé n'en pouvait plus du mariage homonyme/homogame!

 

Alors, comment démêler le tout? Grâce à un mariage qui a lieu sous la révolution! Le 27 nivôse an V à Valenciennes, Louis Joseph Patte, fils de Grégoire et de Marie Agnès, épouse une Pluchart. Et en témoin, le cousin de l'époux, mon aïeul Emmanuel Usmar Patte. Ah! Grégoire et Charles étaient donc frères... à moins que ce ne soit du côté Leduc? Ou des deux côtés? Gnéééé...

 

Oh! J'ai failli oublier de vous dire que l'une des filles de Grégoire Patte épouse en 1788 un certain Albert Joseph Désir, fils de Jean Joseph Désir et de Marie Caroline Stievenart. Vous ais-je dit que je descendais par une autre branche de Jean Joseph et de son épouse? Plus précisément par leur fille Marie Marguerite Désir qui épousa Mathieu Monchicourt en 1767 à Marly.

 

Oh, vous croyez que j'ai fini? Ah non, ça c'était l'appetizer.

 

Alors que j'étais content d'avoir résolu une partie du mystère, je fais un peu de généalogie descendante et trouve le mariage de Joseph Bruno Patte, fils de Grégoire, à Valenciennes le 30 germinal an VIII. Il épouse Catherine Joseph Hautecoeur...

Hautecoeur... Peut-être est-ce le moment de préciser que Mathieu Monchicourt, mon aïeul, est le fils d'une Hautecoeur. Enfin, j'dis ça, j'dis rien.

L'épouse, Catherine Joseph Hautecoeur, est fille de Charles Hautecoeur et de Jeanne Ursule... (roulements de tambours) Hautecoeur.

Jeanne Ursule est fille de Jacques Noël Hautecoeur et de Marie Jeanne Vallée. Inutile de vous dire que je ne descends pas de ce couple, mais que je descends aussi des Vallée. Marie Jeanne Vallée est fille de Godefroy et de Marie Ursule de Haynin. Là aussi inutile...blablabla... descends aussi des Haynin.

 

Trop, c'est trop! Y en a marre de ces mariages: tiens épouse la cousine de ma soeur par alliance et dans cent ans votre descendant épousera la belle-tante de l'oncle à ma filleule...

 

Heureusement, j'ai pu retrouver certains liens. Godefroy Vallée (ou Vallez) est le frère de mon aïeule Marie Vallez et Marie Ursule de Haynin est une cousine issue de germain de son époux, mon "oncle" et de mon aïeule Marie Vallez.

 

Je n'ai pas encore réussi à relier les trois branches Hautecoeur qui me restent sur les bras: Jean François & Adrienne Bury; Jacques Noël & Marie Jeanne Vallée; et la branche de mes aïeux, Laurent et Marie Marguerite Hiolle.

 

Je vous passe tous les autres mariages de cousins avec des personnes portant les mêmes noms, parce que c'est invivable.

 

Bien entendu, aucun généalogiste n'est dupe dans ce genre de situation. Ce n'est pas un hasard qu'il y ait tant d'homonymies, il s'agit en fait d'une pratigue d'homogamie, c'est-à-dire de mariage dans le même milieu. La plupart de ces personnes étaient censiers, mayeurs, négociants, etc. Ce qui crée, in fine, de la consanguinité.

Mais ce n'est pas une raison valable pour nous faire ce coup-là!

Par Thomas - Publié dans : Mystères et secrets
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