Dimanche 24 août 7 24 /08 /Août 08:18

Les Proost sont une famille... compliquée. Comme ils font tout pour m'embrouiller, me voilà à écrire un article sur eux pour tout tirer au clair, l'écriture permettant de remettre les choses à plat.

Je descends des Proost par Jeanne Catherine, épouse de Jean Baptiste Flory dont je vous avais parlé. Il était bailli du comté de Thiant et bourgeois de Valenciennes dans la deuxième partie du XVIIIe siècle. Mais d'où venait son épouse ? De Belgique, pardi ! Et qui dit Belgique, dit visiblement actes non filiatifs, spécialité locale avec les moules frites et la bière. Non, ce n'est pas cliché ! Bon d'accord, c'est totalement cliché mais vous n'allez pas tout prendre au premier degré, non ?

 

Bref, je trouve Jeanne Catherine baptisée le 14 avril 1733 à Bruxelles dans une paroisse au nom concis: Saint Michel et Sainte Gudule. Elle est notée fille de Jean Balthazar Proost et de Jeanne Louise Mahieu qui se sont mariés dans la même paroisse le 30 juin 1726, sans autres renseignements.

 

Je leur ai trouvé trois enfants. Un miraculé, prénommé comme son père. Miraculé car bien que grand prématuré, il survécut ; le garçon étant né deux mois et une semaine après le mariage de ses parents. Ils ont eu mon aïeule puis Pétronille Joseph. Problème noumbère 1 : J'ai trouvé un couple homonyme à Mechelen dans les années 1710-1720. Et j'espère que vous me croirai quand je vous dirai que les couples Jean Balthazar Proost et Jeanne Louise Mahieu ne sont pas très courant à cette époque. S'il s'agit bien du même couple comme j'en suis persuadé, alors on a deux hypothèses : La piste protestante, mais la famille Proost est réputée pour être restée catholique quitte à refuser des postes ou à se faire éjecter ; autre piste, celle de la confirmation de mariage, sorte de nouvelle cérémonie de mariage plusieurs années après le premier dont j'ai lu que cela se faisait en Belgique. Les deux pistes seront à explorer.

 

Mais le mystère Proost s'épaissit quand j'étudie la famille Proost en général.  En dépouillant les baptêmes à M&G de Proost de 1650 à 1750, j'ai trouvé six couples:

1. Jean Balthazar & Jeanne Louise Mahieu

2. Arnould & Marie Anne Proost

3. Jean Baptiste & Josine van den Bergh

4. Jean Michel Joseph & Jeanne Catherine de Comines

5. Jean Baptiste & Anne van Gindertaelen

6. Nicolas Pierre & Catherine Martini

 

Arnould et Jean Baptiste ont été reçus en 1699 dans un des sept lignages bruxellois. Ils sont frère et fils de Jean Baptiste et Anne van Gingertaelen. Cette famille Proost a été étudiée, outre parce que la famille a été anoblie, reçue dans un lignage, mais aussi parce qu'elle a fait sortir des avocats, conseillers, notaires, etc.

 

Ma question fut alors, mes Proost sont-ils issus de ces Proost ? Et les deux autres  couples, qui sont-ils ?

 

Ce  qui me pousse à étudier ces autres Proost vient des deux faits suivants :

1. Jean Michel Joseph Proost est parrain de Joseph François Proost, fils de Jean Baptiste et de Josine van den Bergh. Mon Balthazar est parrain de Balthazar Proost fils desdits Jean Baptiste et Josine. J'imagine mal Jean Baptiste allant au bar et y croisant Balthazar : « Eh salut ! Tu t'appelles Proost ? Comme moi ! C'est trop la classe ! tu veux être le parrain de mon fils et l'appeler Balthazar comme toi ? »

 

2. Les professions. Les Proost, comme je l'ai dit, étaient dans le milieu de la justice: avocats et conseillers. Jean Balthazar était... bonne question, je n'en sais rien. Mais son fils aîné qui portait les même prénom a été bailli du marquisat de Forest puis greffier au parlement de Flandre. Sa soeur, Jeanne Catherine a donc épouse un bailli, bourgeois de Valenciennes. La dernière soeur, Pétronille est restée célibataire ; elle est devenue badarienne, du nom de Françoise Badar, femme qui avait créé une école de dentelles à Valenciennes. Cette école permettait aux orphelines et aux filles pauvres d'avoir un métier. Elles étaient encadrées par des dames dévotes dans cette école très religieuse. Pétronille était une de ces dames. Il était courant à Valenciennes que les filles deviennent dévotes sans pour autant entrer dans des ordres; on retrouve de nombreuses dames chez les badariennes mais aussi au béguinage. Une des filles de Jeanne Catherine était d'ailleurs béguine. Bref, les métiers correspondent.

 

 

Deuxième étape : Chercher dans les livres. Le nobiliaire des Pays-Bas de Herckenrode ne contient pas mon ancêtre, ni même dans la généalogie des Proost publié par ledit Herckenrode. L'armorial des conseillers de Brabant contient deux générations de Proost, ce qui est trop peu. Il renvoie vers le Taxandria, volume 12.

 

Bien sûr, le Taxandria volume 12 n'étant pas en ligne, je le commande et attends bien deux-trois semaines pour le recevoir. Vous ai-je dit que le Taxandria est écrit en néerlandais ?

Je ne vais pas reprendre les informations du Taxandria, car certaines sont fausses. Ou, du moins, elles sont contraires aux informations des registres. Mais ledit ouvrage m'a permis de faire des avancées.

 

Avant cela, j'ai trouvé une naissance qui relie deux branches ci-dessus exposées. Dans la paroisse Finistère de Bruxelles, j'ai trouvé le baptême de Jean Michel Joseph; il est fils de Nicolas et de Catherine Martini. J'ai supposé que Jean Balthazar était frère de Jean Michel Joseph car, la marraine de mon aïeule Jeanne Catherine n'est autre que Catherine Martini, qui serait donc grand-mère de l'enfant.

 

Grâce au Taxandria, j'ai découvert que Catherine avait une soeur Marie Anne qui a épousé Nicolas Buyckx. Nicolas est fils de François... et de Claire Proost. Cette dernière est la soeur de Jean Baptiste époux d'Anne van Gindertaelen. [prend une aspirine et continue] Ces familles vivaient à Gastel, aux Pays-Bas. Bonheur ultime, les archives de cette région ont été mises en ligne et les actes indexés ! Pour une fois que j'ai de la chance, je la saisie. Et je trouve le baptême de Jean Balthazar !

 

J'ai sorti les cotillons, l'Aspégic, le champagne, etc. Jean Balthazar, baptisé le 6 janvier 1695 à Oud en Nieuw Gastel, est bien fils de Nicolas et de Catherine Martini. Il a une grande soeur nommée Anne Catherine. Anne Catherine a pour marraine Anne Catherine Proost, dont je n'ai pas trouvé la trace. Quant à Jean Balthazar, sa marraine est sa tante, Marie Anne Martini.

 

Ce qui a pu causer l'erreur dans le Taxandria est un baptême, en 1696 à Gastel. Un fils d'un Pierre Proost et d'une Anne Marie Martini. S'agit-il de Nicolas et Catherine? Un remariage d'Anne Marie? La question reste entière. Mais cette acte est intéressant pour la marraine: Anne Pétronille Havermans. Il s'agit très probablement de Pétronille fille d'Adrien Havermans et de... Marie Proost. Marie Proost, soeur de la susdite Claire et du susdit Jean Baptiste époux van Gindertaelen.

 

Bref, le mystère, bien que l'on puisse dire qu'il y a des liens de parenté, n'arrive pas à désépaissir. Et moi, j'ai la migraine des Proost…

Par Thomas - Publié dans : Mystères et secrets
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Vendredi 22 août 5 22 /08 /Août 14:09

La quoi ?

 

La reconnaissance de dot passe par une quittance où l'époux reconnaît avoir touché l'argent (ou les biens) de la dot de sa femme.

 

Je vous vois déjà lever les yeux au ciel en vous disant : mais les quittances, y a rien dedans ! Oh, non, et nous verrons dans un prochain article le contenu des quittances et leur utilité. En attendant, intéressons-nous à la quittance de reconnaissance de dot avec en premier lieu, un exemple transcrit dans notre orthographe moderne :

 

Quittance de reconnaissance de dot pour Anne Silvestre femme de Pierre Durand

 

L'an mil six cent soixante et le onzième

jour du mois de septembre après midi établi

en la personne par devant moi notaire royal soussigné

et témoins Pierre Durand maître

tailleur d'habits de ce lieu de La Tour

d'Aigues mari et maître de la dot et

droits de Anne Silvestre de ce dit

lieu de son gré au dit nom a confessé

et confesse avoir reçu avant le

présent de maître François Silvestre

son beau-père présent stipulant

savoir la somme de cent livres

faisant trente troisièmes vingt

sols et ce en déduction et à compte

de la dot constituée par ledit Silvestre

à ladite Anne sa fille tant par

lui que Honorade Constans sa

femme et mère d'icelle Anne à son

contrat de mariage reçu par moi

le dixième août mil six cent

cinquante cinq et d'icelle la quitte

en bonne et due forme et icelle

dite somme de cent livres ledit

Durand a assuré et reconnu à sa dite

femme absente sur tous ses biens

et droits présent et à venir avec

promesse le tout rendre restituer

à qui de droit appartiendra avenant

le cas de restitution non autrement

et la présente les parties ont

promis agréé sans y contrevenir

à peine de tous dépens dommages

et intérêts et sous l'obligation de

ses biens présents et

à venir à toutes cours en forme

ainsi l'ont juré et requis acte

fait et publié audit La Tour

d'Aigues dans ma maison présents

maître Jean Icard dudit La Tour

d'Aigues et maître Jean Clapier de

La Bastide des Jourdans témoins

à ce requis et qu'y a su écrire

sousssigné 

 

Qu'apprend-on dans cet acte ?

 

Les parties

 

Déjà, pour le généalogiste, si reconnaissance de dot il y a, alors mariage il y eut ! Le mariage est antérieur à la date de l'acte (1660) et eut lieu entre Anne Silvestre et Pierre Durand. On va voir plus loin qu'on a une précision ô combien importante sur le mariage. L'époux est maître tailleur d'habits, la profession étant peu souvent indiquée dans les BMS de l'époque. Mieux encore, cette reconnaissance de dot date d'une époque où les registres paroissiaux de La Tour d'Aigues sont manquants !

 

Les filiations

 

Nous avons ici la filiation de l'épouse, fille de François Silvestre et de Honorade Constans. François Silvestre est appelé « maître » et, d'après la profession de l'époux, on peut supposer qu'il était maître artisan.

Il n'y a pas la filiation de l'époux, chose assez fréquente dans ces actes. Heureusement, on a un contrat de mariage.

 

Le contrat de mariage

 

Voilà le point le plus intéressant, à mon sens, dans ce genre d'acte. Il y est fait référence à un contrat de mariage, passé devant le même notaire le 10/08/1655. Ne reste plus qu'à aller chercher l'acte dans le bon registre. Cela précise la date du mariage, probablement dans les jours qui suivirent l'acte.

Mais ce qui est le plus intéressant, c'est que la reconnaissance de dot ne se fait pas forcément que s'il y a eu contrat de mariage. Il peut très bien y avoir eu un accord au mariage, sans contrat écrit, et ensuite l'époux passe cet acte de quittance.

Ainsi la quittance de reconnaissance de dot peut pallier partiellement à l'absence d'un contrat de mariage.

 

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Chez les notaires : la mègerie

Chez les notaires : le contrat de mariage

Par Thomas - Publié dans : Archives et vieux papiers
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Mercredi 20 août 3 20 /08 /Août 09:17

Aujourd'hui, penchons-nous sur un acte assez peu fréquent mais ô combien intéressant : la mègerie ou le bail à cheptel. Il consiste en le prêt, pour une durée déterminée, d'un troupeau. On le baille pendant x années à d'autres personnes. Cela permet au bailleur de ne pas avoir à le gérer et à constituer une rente et au preneur (celui qui prend le troupeau) de ne pas avoir à investir dans un cheptel.

 

Un grand merci à Nicolas Lawriw pour être repassé sur cette transcription et avoir comblé les trous !

 

Exemple de mègerie [Les mots en gras renvoient au lexique] :


Mègerie pour maître Jean Gueidan avocat contre Antoine et Salomon Lombard

 

L'an mil six cent soixante huit

et le vingt neuf jour du présent mois

d'octobre avant midi constitué en sa personne

en présence de moi notaire royal soussigné et

témoins sous nommés maître Jean Gueidan

avocat en la cour lequel de son gré a baillé

à droit à mièges à Salomon et

Antoine Lombard frères de La Bastidonne

de Saveric présent acceptant et stipulant

savoir est trois trenteniers neuf bêtes

lanudes consistant tant en moutons nouveaux

fedes que anouges pour le temps et

terme de cinq années du jourd'hui

comptable et à tel et semblable jour

finissant lesdites cinq années échues ans

pacte que lesdits Lombard seront

tenus comme faire [se doit], se promettant de faire

garder ledit bétail par un bon gardien

et le conduire en bon père de famille

pendant le susdit temps la laine

dudit bétail se partagera annuellement

par égales parts au tondedou le

tondeur sera payé par lesdits Lombard

ou payé par le susdit Gueidan seront iceux obligés de donner tous

les ans au susdit Gueidan une livre

fromage pour chaque fede de port et

des accouchements trois pour deux payables

annuellement à chaque jour et fête Saint

Jean Baptiste Bon et recevable le

premier paiement se fera au jour

et fête Saint Jean Baptiste prochain et ainsi

continuant à pareil jour durant lesdits

cinq années et en cas de

seront [tenus] esdits Lombards de représenter

la peau, sera le susdit maître Gueidan obligé

de donner tous les ans ausdits

Lombard six cosses sel qui

seront obligés de donner au susdit

bétail pour la part concernant ledit

maître Gueidan et en la fin desdites cinq années

le susdit bétail et le croît en provenant

sera partagé par moitié et tout le

contenu au présent acte lesdites parties

ont promis avoir agréé observer et n'y

contrevenir sous les obligations

réciproquement de leurs biens que pour

cet effet ont soumis à toutes cours

ainsi l'ont promis et juré renoncé

et requis a été fait et publié audit

La Tour d'Aigues terroir dudit

La Bastidonne de Saveric et dans la Bastide

desdits Lombard du quartier du Réal en

présence d'Antoine Ginies marchand

dudit La Bastidonne et Simon Crest d'Ansouis

berger desdits Lombard témoins à ce

requis et soussignés qui a su et

ledit Salomon Lombard a dit

ne savoir écrire de ce enquis

 

Les parties 

 

D'un côté un avocat, maître Gueidan, donc un homme très aisé, et de l'autre, deux frères, Antoine et Salomon Lombard. Salomon, par son prénom, indique une origine protestante (qui est confirmée par les actes, par ailleurs). Tous deux sont ménagers. Ils vivent à La Bastidonne, commune entre La Tour d'Aigues où est passé l'acte, et Pertuis. Plus bas, on apprend que l'acte a été publié à « La Bastide des Lombard du quartier du Réal » ; les Lombard possédaient donc une bastide dans le quartier du Réal, quartier qui existe toujours.

 

Les bêtes 

 

Combien de bêtes ? « trois trenteniers neuf » , c'est-à-dire trois trentaines neuf, soit quatre-vingt-dix-neuf bêtes, plus précisément des moutons nouveaux, des brebis et des agneaux nouveaux-nés.

 

Les conditions 

 

Le prêt a lieu pendant cinq ans et la laine se répartie par moitié entre maître Gueidan et les Lombard. Le partage se fera au tondedou. C'est ce que je lis et pourtant ce mot ne semble pas exister. Je pense qu'il s'agit du moment de la tonte. 

Une livre de fromage doit être donnéé à maître Gueidan pour chaque brebis prête à porter des nouveau-nés et dès l'accouchement trois livres pour deux (probablement nouveau-nés)

Le paiement se fait à la fête Saint Jean Baptiste, donc le 24 juin.

Tous les ans, maître Gueidan devra donner aux Lombard six cosses de sel pour le bétail.

 

En cas de perte du troupeau

 

En général, la clause est prévue. Que se passe-t-il si le troupeau entier meurt? C'est probablement la clause qui prévoit que les Lombard devront présenter la peau, certainement comme preuve de la mort de la bête.

 

Et à la fin du bail ?

 

À la fin du bail, on se partage le croît, c'est-à-dire les nouveau-nés. On fait 50/50 dans ce cas. Cela permet aux parties d'augmenter leur troupeau, ledit Gueidan pouvant accroître son troupeau et lesdits Lombard le leur.

 

Les témoins

 

Ah ! ah ! J'avais dit qu'ils étaient importants et voici la preuve.

Antoine Ginies et Simon Crest sont témoins. Ce dernier est berger des Lombard et l'on peut aisément comprendre à quel point il était nécessaire qu'il comprît bien le rôle qu'il aurait à tenir dans le bail en cours. Quant à Antoine Ginies, il s'agit du futur beau-père du fils de Salomon. Les liens entre les Ginies et les Lombard de La Tour d'Aigues sont étroits et nous verrons dans un article ultérieur que cela créa même une tension entre un fils d'Antoine Ginies et les Lombard.

 

En conclusion : À quoi ça sert ?

 

Qui ose ?!

Cet acte nous (vous) servira à mieux comprendre la vie de nos (vos) aïeux. En résumé, on y apprend que les frères Lombard travaillaient ensemble, que maître Gueidan possédait un cheptel, quelles étaient les conditions du bail, pendant combien de temps, etc. On en apprend beaucoup grâce à un simple acte qui ne paie pas de mine.

On suppose que les Lombard ont préféré louer du bétail plutôt que l'acheter, afin d'économiser, voire parce qu'ils n'en avaient pas les moyens. C'est assez difficile de pencher pour l'une ou l'autre des hypothèses si l'on compare avec les censiers du Nord, locataires de terres et préférant ne pas devenir propriétaire.

Lorsque l'on tombe sur un acte d'un de nos ancêtres, il nous faut l'étudier car, nous ne sommes jamais à l'abri d'écrire une histoire de la famille. La mègerie est un acte parmi d'autres chez les notaires, mais comme chacun d'eux, il est important car il dévoile une partie de la vie de nos aïeux ; il sert aussi l'historien, soit le professionnel, soit l'amateur, en révélant les conditions de vie et de bail des ruraux de jadis.

 

Lexique des termes :

 

Sur proposition, voici un petit lexique des termes techniques et provençaux contenus dans cet acte.

 

Anouges : Agneaux de l'année

 

Cosse :  Unité de mesure

 

Croît : Nouveau-nés durant la période où le cheptel est gardé.

 

Fede : Signifie « brebis » en provençal

 

Lanudes : Laineuses

 

Miège : Signifie « à moitié » ; de là vient, semble-t-il, la mègerie, le partage du troupeau (l'un le possède, l'autre le garde et l'on se partage les fruits du troupeau).

 

Tondedou : Probablement la tonte

 

Trenteniers : Trentaine

 

... : Ce mot, difficilement lisible (Nicolas lit Mournicque ou Mourviegue, ce qui est mieux que moi qui ne lis rien) pourrait signifier la « mort »


 

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Chez les notaires : Le contrat de mariage

Par Thomas - Publié dans : Archives et vieux papiers
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Lundi 18 août 1 18 /08 /Août 14:17

Voilà une nouvelle rubrique que j'espère récurrente et qui visera à explorer un acte issu des archives notariales. Trop souvent peu exploitées, ces archives sont pourtant une mine d'informations sur la vie de nos aïeux. Nous allons voir, à chaque fois, un acte d'un contenu différent, aujourd'hui un contrat de mariage puis les autres fois un testament, une quittance, une dette, une mègerie, un inventaire après décès, un codicille, etc.

Mon but est de montrer la richesse de ce fonds. Dans un premier temps, nous transcrirons un acte avec une orthographe moderne pour le lecteur et, dans un second temps, nous tenterons de l'analyser. Cette annonce de plan, peu sexy comme diraient mes anciens camarades en marketing, est cependant nécessaire à la compréhension de notre but.

 

Mariage entre Pierre Ricard et Marguerite Estienne

 

L'an mil sept cent quarante huit et le onze

février après midi par devant nous notaire royal à la

Tour d'Aigues soussigné présent les témoins

furent présents Pierre Ricard ménager fils

d'Honoré et de Marie Anne Gabriel tous

dudit lieu d'une part et Marguerite

Estienne fille de feu Joseph et de Marguerite Silvestre tous

de ce dit lieu d'autre lesquels, de leur gré due et mutuelle

stipulation intervenants contractant en la

présence du vouloir et consentement savoir la dite

Estienne de sa dite mère et le dit Ricard de ses dit père et

mère et tous les deux de plusieurs autres leurs parents, et

amis ont promis et promettent se prendre et s'épouser l'un

l'autre en vrai et légitime mariage et icelui solemniser

en face de notre sainte mère l'Église catholique apostolique

romaine ainsi que les fidèles chrétiens sont tenus et

ont coutume de faire dès lors que l'une des parties par l'autre

sera requise par … exprès, mais parce que la dot est le

propre patrimoine des femmes et se constitue au nom

pour la femme à ce que les charges du mariage se puissent

plus facilement supporter à cette cause constitue la

dite Marguerite Estienne future épouse laquelle de son

gré s'est assignée et constituée en dot et pour elle au dit

Ricard son futur époux, tous et un chacun ses biens

et droits présents et à venir qui consistent quant

à présent en la somme de septante huit livres au

prix des meubles et … de la dite future épouse

à ce estimés par amis communs que les dits Ricard père et fils

ont déclaré avoir reçu dudit Jean Arnaud Estienne

son aïeul avant le présent acte ainsi qu'ils ont dit et

les quittant, et en une saumée de terre située en ce terroir

quartier du Revest à prendre du côté de la terre de Simon et

Pierre Pardigon confrontant la Dray Jacques Richaud et a été

évaluée à deux cent livres et soumise sous la main

directe du seigneur baron de ce lieu aux cens et services

qu'elle se trouvera faire franche aux dits futurs mariés de

tous arrérages de tailles, cens et autres dettes jusqu'à ce

jourd'hui et de laquelle en jouiront dès la consommation

du présent mariage, du consentement dudit Jean

Arnaud Estienne son dit aïeul, pour le recouvrement

desquels droits elle a fait et constituer son procureur général

et irrévocable son dit futur époux pour en jouir comme

de causes dotales à son plaisir et volonté, avec

promesse de par lesdits Ricard père et fils d'assurer et

reconnaître au profit de la dite future épouse tout

ce qu'ils exigeront et recouvreront de sa dot et droits

comme en effet ils l'ont assuré et reconnu sur tous

ses biens présents et à venir les dites septante huit

livres au prix des susdits meubles et de rendre et

restituer le tout à qui de droit en cas de restitution arrivant

les habits nuptiaux ont été faits aux communs de part

des parties et toujours ici présent ledit Honoré

Ricard lequel de son gré ayant le présent mariage

pour agréable en faveur et contemplation d'icelui

a fait donation au dit Pierre Ricard son fils

acceptant d'une terre en ce terroir quartier de Saint Vincent

de la contenance d'environ deux emynes et demi confrontant

Jaques Barruou Jean Richaud, Françoise Panisset et autres

et d'une terre ce même terroir quartier de Pouspeine

de la contenance d'environ quatre eymines confrontant

André Durant, André Escoffier Honoré Agnel et autres

soumis sous la main directe du seigneur baron

de ce lieu aux cens et services qu'elles se trouveront

faire et qui lui seront francs de tous arrérage de tailles

cens et autres dettes jusqu'au jour de leur séparation

et outre ce a promis et promet de nourrir et

entretenir son dit fils femme et famille sains et

malades dans sa maison à son égal en travaillant

par iceux au profit et avantage de la maison

et en jouissant par ledit Ricard père de la dot de

la dite future épouse et susdite donation par lui

ci-dessus faite et en cas d'insupport a promis de

lui désemparer tout ce qu'il aura reçu de la dite

dot et droits et susdits biens par lui ci-dessus donnés

ensemble une chambre au troisième étage de sa

maison six draps de lit douze chemises et six

nappes, évalués lesdits biens à cent cinquante livres

et le dit cas d'insupport arrivant dès maintenant

comme pour lors l'a habilité et habilite le déclare

capable de négocier et faire ses affaires à part sans

son assistance l'un faisant donation de ses acquets

et conquets fruit et revenu d'iceux et pour …

de ce les parties ont promis observent accomplir sans

y contrevenir sous l'obligation de leurs biens à toutes

cours ainsi  tout juré renonce et requis acte fait et

publié au dit La Tour d'Aigues et dans la maison du

dit Estienne où on été présents Nicolas Meit et Jean Sauvat

de ce lieu témoins requis et soussignés les parties illettrées. 

 

Qu'apprend-on dans ce contrat ?

 

Les filiations

 

Tout d'abord, les classiques filiations. Elles sont importantes en généalogie et le chercheur sait que lorsque les registres paroissiaux manquent, il peut le plus souvent compter sur les archives notariales pour combler les lacunes.

Ici on apprend que Pierre Ricard est fils de Honoré et de Marie Anne Gabriel et que l'épouse, Marguerite Estienne est fille de feu Joseph et de Marguerite Silvestre. Le décès du père nous permet d'apprendre l'identité du grand-père, toujours en vie, Jean Arnaud Estienne. D'où l'importance, lorsqu'on lit un contrat de mariage, d'aller jusqu'au bout et de ne pas se concentrer uniquement sur la filiation première.

 

La profession

 

La profession de l'époux est « ménager ». Qu'est-ce ? Il s'agissait d'un petit propriétaire terrien. Propriétaire de cinq à quarante hectares (sacrée fourchette !), il était au sommet de le chaîne agricole, en-deçà du laboureur suivant les régions. Retenons simplement qu'il s'agissait d'un propriétaire relativement aisé pour le monde rural. Cela n'empêche pas Pierre Ricard d'être illettré, ne sachant pas écrire son nom. Gageons, mesdames et messieurs, qu'il savait compter !

 

La dot

 

Très importante, cette information permet de noter la richesse du couple. Soixante-dix-huit livres de dot en meubles pour l'épouse, soit une somme convenable. Première information, c'est elle qui constitue sa propre dot. Deuxième information, rien ne semble venir de la mère de l'épouse. Cependant, le grand-père, Jean Arnaud Estienne, donne une terre.

 

Les terres

 

Pas toujours présentes dans les contrats, elles sont cependant fréquentes dans le monde rural où l'on donne des terres, notamment à l'époux de la part de ses parents, afin de permettre l'installation du couple. Là, une terre évaluée à deux cent livres est offerte par le grand-père de l'épouse, représentant une saumée de terre soit environ 0.8 hectare où l'on peut semer du blé. Le père de l'époux donne deux terres, une de deux eymines et demi et l'autre de quatre eymines. L'émine valait entre sept et huit acres, les terres faisait donc, environ, huit hectares pour la première et treize hectares pour l'autre en prenant la mesure : 1 émine = 8 acres.

 

Le domicile

 

Voilà un point qui est presque toujours abordé. Où vivra le couple ? Comme à l'accoutumée, le couple s'installe chez les parents de l'époux, où les époux travailleront au bien de la maison entière en échange d'un toit et de nourriture. Bref, la femme est rattachée à la famille de l'époux.

 

L'insupport

 

Encore une clause fréquente dans le contrat lorsque les époux s'installent chez les parents de l'un d'eux. Que faire si l'on ne se supporte plus ? Le père est là fort généreux car il rend la dot de l'épouse, laisse les terres données à son fils et, en plus, leur donne une chambre au troisième étage de sa maison avec du linge « six draps de lit douze chemises et six nappes, évalués lesdits biens à cent cinquante livres » et autorise son fils à négocier sans son accord, le libérant de la tutelle paternelle.

 

Les témoins

 

Je n'insisterai jamais assez dessus : les témoins sont importants… Sauf ici. On peut toutefois noter qu'un descendant des mariés épousa une descendante de Jean Sauvat. Des fois, les témoins peuvent être davantage intéressants et nous le verrons à l'avenir.

 

Le contrat de mariage est l'acte classique chez les notaires et nous devions l'étudier. Il recelle de nombreuses richesses pour construire l'histoire de sa famille. Il établit les filiations, les biens des époux au mariages, les futurs voisins de terres et toutes sortes de clauses. Ainsi ai-je rencontré un mariage entre un protestant et une catholique où il est inclus, dans une clause, que l'époux ne doit pas forcer sa femme à se convertir au protestantisme.

Par Thomas - Publié dans : Archives et vieux papiers
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Samedi 16 août 6 16 /08 /Août 11:07

Voilà une question qui me taraude depuis un bon moment et je le dis tout de suite, je n'ai pas la réponse. Pour le moment il s'agit juste d'une constatation : il y a beaucoup de célibataires dans le Nord et notamment dans les branches que j'étudie.

 

Quand on fait un arbre généalogique, on recherche des filiations et pour cela, il nous faut des mariages, ou, a minima des naissances d'enfants illégitimes. Or, je constate que beaucoup d'hommes et de femmes demeuraient célibataires dans la bourgeoisie du Nord. Si le pourquoi m'est encore inconnu, rien n'empêche d'émettre des hypothèses après avoir dressé le constat.

 

Prenons la famille Flory. Jean-Baptiste Flory (1726-1807), bourgeois de Valenciennes, bailli de la terre et du comté de Thiant a eu quatorze enfants avec son épouse. Hormis ceux dont on ne connait pas le destin, on compte cinq filles mariées, c'est tout. Les trois garçons qui ont, à notre connaissance, vécu, sont restés célibataires. L'un car curé, le deuxième greffier à Lille et le troisième directeur des moulins à Valenciennes. Des situations aisées qui auraient pu conduire à des mariages réussis dans les deux derniers cas. Une fille, Thérèse, ne s'est jamais mariée, une autre surnommée La Béguine, est restée pieuse femme.

Plus proche de nous, Jean Claude Garnier (1770-1829) a eu quatre enfants qui ont tous survécu. Un seul s'est marié, le frère agent comptable dans l'administration militaire est resté célibataire, ainsi que les deux filles.

 

Quelles hypothèses peut-on donner ?

Tout d'abord, concernant les filles, il faut savoir que les familles étaient très pieuses. Beaucoup sont qualifiées de "badariennes", c'est-à-dire de femmes faisant partie d'une congrégation laïque héritée de Françoise Badar, vivant pieusement, chastement, et enseignant à de jeunes filles pauvres l'art de la dentelle (la fameuse dentelle de Valenciennes). Mais les hommes ? Hormis les curés, ce qui se passe d'explications, les hommes sont dans le négoce, dans la justice, dans l'administration. Des postes enviables qui peuvent hisser socialement une famille. Pour autant, ils font le choix (?) de rester célibataire. On pourrait croire qu'ils ne trouvaient pas d'épouse de leur rang, toujours plus difficilement trouvable pour un notable que pour les autres, mais cela n'empêchait pas les notables de villages d'aller chercher dans un autre lieu une épouse ; là, on se situe dans de grandes villes, Lille et Valenciennes, voire Landrecies pour les militaires. Existe-il une tradition poussant les hommes au célibat ? S'agit-il d'un choix dicté par le fait de concentrer ensuite les richesses entre les rares descendants ? Ou un choix de vie ? Deux cousins proches, c'est-à-dire décédés au XXe siècle (vous savez que pour nous, généalogistes, le XXe siècle, c'est hier tant notre conception du temps, par nos recherches, est différente de celle des môôôrtels) sont restés sans descendance. Ils ont cependant fait le choix de se marier : l'un était rentier, l'autre rentier-peintre. Après avoir obtenu la nationalité belge (oui, c'étaient des précurseurs) ils sont allés finir leur jour à Nice, Floride française. Une cousine germaine de ma grand-mère que je ne citerai pas car toujours parmi nous, a fait le choix de n'avoir pas d'enfants avec son époux ; elle est fille unique et deux de ses tantes sont restées, l'une célibataire, l'autre sans enfant.

 

Comme on le remarque, le taux de célibat est important et n'est pas explicable en l'état. À côté, toujours dans le Nord, on a le cas totalement inverse. Une tante du XIXe siècle, Justine Picavez, a épousé un lillois, filateur. Les familles de filateurs lillois sont regroupées dans l'annuaire des familles du Nord, sorte de Bottin Mondain. Ces familles ont au contraire une conception de la famille qui implique un très grand nombre d'enfants. Ainsi, la descendance de Justine, sur huit générations jusqu'à nos jours, compte environ 4000 descendants. Avec un taux de survivance très élevé, on compte entre cinq et dix enfants par couple, tous mariés, ayant à leur tour autant d'enfants. J'ai eu l'occasion de connaître un membre de ces familles qui m'a confirmé le côté traditionnel de ce nombre de descendants et les nombreux mariages entre cousins ; l'annuaire sert donc visiblement à repérer avec qui on cousine, comment on cousine, et si le futur époux n'est pas cousin trop proche…

 

Bref, cela n'explique toujours pas ce célibat si important dans ces familles. Quelqu'un a-t-il déjà rencontré ce genre de cas ? Une explication ? Une hypothèse ?

 

Cette forme d'épine généalogique est un peu insolite, mais sait-on jamais, un lecteur a peut-être une réponse !

Par Thomas - Publié dans : Histoires d'aïeux
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